• Faire ses courses à Caracas - Diplo Novembre 2013

    Faire ses courses à Caracas - Diplo Novembre 2013

     

    Au Venezuela, curieusement, plus on s’élève dans la hiérarchie sociale et plus les rayons des supermarchés que l’on fréquente se dégarnissent de produits de première nécessité…

    par Anne Vigna, novembre 2013     (Aperçu) 
     

    Station Altamira, quartier chic de l’est de Caracas. Alejandra entre dans son quatrième supermarché de la journée. Sa mère vient de l’appeler pour lui certifier que « là, c’est sûr », elle trouvera du papier hygiénique ! Non sans ajouter : « Si tu trouves de la farine de maïs, prends-en le plus possible. » Le tas de rouleaux de papier se trouve bien là, disposé tel un trophée au milieu de la première gondole. « Enfin ! », se réjouit Alejandra, qui envoie aussitôt un SMS de victoire à sa mère. Le coût est quatre fois plus élevé que celui qu’elle devrait normalement payer pour ce produit dont l’Etat fixe le prix. Le supermarché est dans l’illégalité, mais Alejandra s’en moque. Elle remplit un chariot de paquets de douze rouleaux, jette un rapide coup d’œil sur le rayon vide où devrait se trouver la farine, et se dirige vers les caisses.

    D’autres clients s’y trouvent déjà et professent les mêmes analyses : « inflation », « rationnement », « malhonnêteté ».

    « Mais quand l’inflation va-t-elle s’arrêter ?, s’écrie l’un (selon la banque centrale du pays, la hausse des prix a dépassé 20 % en 2012).

    — Quand le gouvernement changera, lui rétorque sa voisine.

    — Il faudra bien qu’il change quand il n’y aura plus rien dans les boutiques. Ce qui ne devrait plus tarder ! », lance une troisième.

    A ces mots, un sourire se dessine sur les visages. Ici, personne n’accorde le moindre crédit à la thèse du gouvernement : le patronat, qui contrôle la chaîne d’approvisionnement des biens de consommation courante (pratiquement tous importés), organise la pénurie pour attiser la colère populaire. Non : les clients qui discutent avec Alejandra attendent le moment où, après quinze ans de chavisme, l’opposition reprendra le pouvoir. La caissière, silencieuse, fait défiler les articles, dont quelques bouteilles de whisky ou de champagne (3 600 bolivars, soit 421 euros. l’équivalent de son salaire).

    Station Plaza Venezuela, dans le centre de Caracas, berceau de la classe moyenne. Le Bicentenario, propriété de l’Etat depuis 2011, (...)

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